Discographie sélective et comparée d'Idomeneo de Mozart. Ce chef d'oeuvre d'un jeune homme de 25 ans est cher à mon coeur pour mille raisons. Je n'oublie pas que Fritz Busch avait souhaité pour ses obsèques le choeur "Placido e il mar". Je ne me livrerai pas à un commentaire musical, je renvoie au merveilleux texte de Harry Halbreich pour l'Avant Scène Opéra. J'attirerai juste l'attention sur un ou deux détails. Nous avons longtemps connu l'oeuvre dans la version horriblement tronquée de Bernard Paumgartner qui défigure les soirées salzburgeoises de Böhm et Fricsay ainsi que Maag à Aix. Busch à Glyndebourne puis Pritchard en studio et à Londres rétablirent les premiers l'intégrité (à défaut d'intégralité) de la partition. Mais ils conservent encore un Idamante ténor (reste de la refonte viennoise). Après il y a la question de ce qu'on garde (voire rajoute) et de ce qu'on coupe : l'air No 27 d'Idamante est presque toujours coupé, à juste titre, tout comme le No 30 d'Idoménée. Arbace a rarement ses 2 airs, on lui laisse plus souvent son premier, je préfère le second, à tout le moins pour le récitatif qui le précède. On n'entendra presque jamais avant la voix de Neptune un fragment de récitatif accompagné sublime entre Ilia et Idamante, vrai duo d'amour et assaut de générosité devant la mort. Et puis il y a le ballet final ! Page magnifique qui devrait toujours conclure la soirée, qu'on aura dans quelques versions, dans d'autres des fragments en sont insérés à divers moments de l'oeuvre. Je souligne brièvement un (parmi d'autres) petit coup de génie de Mozart : au 1 la tempête se calme, tout semble rentrer dans l'ordre avec un accord de conclusion, et une brutale modulation fait apparaitre Idoménée et le drame va se nouer. Venons-en aux enregistrements : Busch 1951 est pour les collectionneurs vu la précarité du document mais sa leçon est un modèle, Nilsson en Elettra impressionne mais montre aussi qu'elle ne fut jamais une mozartienne. On retrouve les merveilleux Lewis, Simoneau et Jurinac avec une étonnante Udovic chez Pritchard en 56 qui égale presque Busch. Bonheur renouvelé en 64 avec l'inamovible Lewis (pas le plus beau timbre du monde mais une incarnation marquante du personnage qu'il tient encore dans une vidéo de 74) le couple Janowitz/Pavarotti et la fabuleuse Tarrès en Elettra. Oublions vite Böhm 56 à la distribution inadéquate et écoutons Fricsay 61 : génial comme toujours (le ballet à la fin du 1 et au début du 2) et son équipe offre de belles joies. Kmentt fort beau personnage, Grümmer aussi magnifique dans Idol mio que dans le reste, Lorengar toujours émouvante, Haefliger certes n'est pas Simoneau mais quel artiste ! Davis en 68 faisait figure de pionnier mais comme souvent en studio ne marque pas vraiment : Shirley y chante pour la 1ère fois un Fuor del mar grande version (sans convaincre totalement), Rinaldi est une délicieuse Ilia, Tinsley impressionnante, Davies (qui a son air du 3) n'est pas vraiment un Idamante naturel. En concert en 71 Davis convainc davantage et la partition est mieux respectée : Norman magnifique rétablit enfin Idamante mezzo, Gedda superbe, belles Harper et Woodland. Ce qui permet de passer sur la version Schmidt-Isserstedt, assez complète mais il est lent et académique, pour n'en retenir que Moser en Elettra. Böhm en 77 offre des joies mitigées : partition respectée mais Ochman très bien chantant n'impose pas un personnage, Varady pas aussi extraordinaire qu'on le souhaiterait, Mathis très honnête comme toujours, Schreier quoique ténor emporte l'adhésion. Harnoncourt en 80 sera affaire de goût : certes on a la partition dans son état originel (du coup des airs avec lesquels on ne peut plus vivre, comme D'Oreste d'Aiace, sont relégués en appendice) mais traitée à sa manière brutale et sa distribution n'est pas idéale : Hollweg ne peut séduire par son timbre, juste par son intelligence dramatique, Schmidt un peu pâle, belle Yakar et Palmer la plus convaincante. Une belle version disponible sur YT : San Francisco 1977 Pritchard avec l'admirable Tappy en Idoménée, Ewing en Idamante, Eda-Pierre Ilia et Neblett Elettra. Levine Met 82 en vidéo s'impose pour tous : Ponnelle à la mise en scène, Behrens Elettra, Von Stade Idamante, Cotrubas Ilia et ...Pavarotti Idoménée (dommage qu'il ne chante que le petit Fuor del mar)! Ceci permet de passer sur le studio de Pavarotti où Gruberova n'est pas vraiment une Elettra, Baltsa la tête un peu ailleurs, reste Popp. Gardiner 90 est pour moi très préférable à Harnoncourt. Son découpage est plus intelligent. Son approche orchestrale est bien plus équilibrée, Von Otter est merveilleuse, Rolfe Johnson subil, Mc Nair et Martinpelto sans doute pas inoubliables mais parfaitement intégrées au projet du chef. Une version (dont j'ai récemment proposé un lien wetransfer) à connaitre impérativement : Levine Met 91. Heppner y est absolument phénoménal, Vaness une Elettra majeure, Mentzer bel Idamante, seule Upshaw bien chantante mais avec sa voix de souris me séduit moins. Egalement (si on la trouve) Minkowski Anvers 1998 pour lui et Richard Croft considérable. Rien de notable plus récemment sinon Zurich 2003 avec Kaufmann qui chante le grand Fuor del mar dirigé par Dohnanyi. Lorraine Hunt chez Mackerras 2001.
Disco-vidéographie sélective et comparée de La Damnation de Faust. Incontournable la large sélection (1h20) de Coppola en 1931, De Trevi grand format mais lyrique aussi, Panzera modèle d'élégance, Berthon un peu datée mais touchante. ...
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